Depuis longtemps, les médias tirent profit de la fascination que nous entretenons pour les faits divers. Enlèvements, accidents de voiture, noyades, inondations et meurtres émaillent nos bulletins de nouvelles. Certains diront qu’ils en sont l’essence, que la seule actualité véritablement payante pour un organe de presse est celle qui permet au public de voir l’un de ses semblables se casser le cou.
Mais la télé ne suffit plus. Nous voulons voir le malheur, y toucher, s’en approcher pour nous sentir vivants, pour tutoyer la mort, désormais absente du quotidien. C’est ainsi que le tourisme de catastrophe rejoint le circuit des grands monuments du monde.
C’est ce récit que font les photos que Guillaume D. Cyr rapporte de Tchernobyl.
Elles nous disent la rencontre de touristes avec un décor sans intérêt, l’exploitation éhontée d’un endroit qui n’a rien à déclarer, sinon l’histoire de gens sacrifiés par négligence. Pas de plan de génocide, comme ce dont témoignent les camps de concentration nazis, par exemple, et qui peuvent servir de rappel à l’humanité quant à la capacité qu’a l’homme de devenir un monstre. Le sarcophage, ici, ne recouvre qu’un échec de la technique.
Quelques accessoires trop bien placés composent la mise en scène bancale. Un musée des atrocités (conservées dans le formol) viendra compléter le nécessaire bagage d’images pour mieux fabriquer les souvenirs qui nous éperonnent dans notre confort.
Tchernobyl est un parc des horreurs pour touristes revenus de tout qui, entre deux virées de magasinage à Kiev, tuent le temps pour oublier que le leur est compté. ​​​​​​​
- David Desjardins -
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